lundi 8 mars 2010

Je n'en avais jamais parlé et pourtant il a toujours été là

Aujourd'hui, je voudrai parler de quelqu'un qui compte énormément pour moi, et dont je ne pense pas avoir jamais parlé ici.
Je le connais depuis toujours, et il a toujours été formidable avec moi, me soutenant toujours, ne me jugeant jamais. J'éprouve pour lui un amour qui dépasse de beaucoup la norme. Alors aujourd'hui, au lendemain de la fête des grand mères, parce qu'il me manque bien plus que je n'oserai jamais le lui dire, je voudrai parler de mon grand père maternel.
Il y a peu à dire et en même temps tant de choses à raconter à propos de cet homme merveilleux qui derrière son sourire a connu la guerre. Il a toujours su être ce qu'aucun autre adulte n'a jamais été. Jamais de toute mon enfance il n'a été grossier, bourré, raciste ou de mauvaise humeur. Il a su faire évoluer sa façon de me regarder à l'adolescence, et jamais il ne m'en veux lorsque je n'arrive pas à l'appeler.
Je dis souvent que j'estimerai avoir réussi ma vie si je deviens seulement la moitié de ce qu'il est, et c'est vrai. Il est parti de rien, et il a tout construit. Il a travaillé comme un forcené sans jamais se plaindre, il a soutenu Mamie jusqu'à son dernier souffle sans jamais faiblir alors qu'elle lui demandait tant.
Il est d'une intelligence et d'une ingéniosité remarquable. J'adore quand il m'explique comment il a réussit à placer un taux d'humidité contrôlé pour la culture de ses endives, ou quand il me montre tout ce qu'il fait pousser dans son jardin ou dans celui de Mauricette. J'adore admirer le jeux casse tête qu'il avait construit lors d'une insomnie et dont il m'a fait un exemplaire. J'adore admirer les dessous de plat qu'il a fait avec des brins de toutes les couleurs, qu'il a teinté lui même. J'adore m'assoir sur les deux tabourets qu'il a construit, tressé, et qu'il m'a donné.
Il possède une immense dextérité avec ses mains, que j'aurai aimé recevoir lors de ma naissance. Il est excellent en calcul mental et jamais de toute ma vie je ne l'ai battu à ce jeu.
Et surtout, surtout, il aime voyager, découvrir la France, filmer tous ces endroits, et nous les raconter ensuite. Il a fait énormément de voyages organisés, et se souvient de chacun avec émotion. J'adore l'écouter me raconter ses souvenirs, parfois drôles, parfois sérieux, toujours passionnants. Et c'est ça que j'aime chez lui, il a su ne jamais tomber dans l'excès. Il a travaillé énormément, mais pourtant il a su s'arrêter pour partir en voyages. Il adore faire des blagues, faire le pitre, et pourtant jamais il n'en fait trop. Il adore ses petits enfants, et pourtant jamais il n'est envahissant. C'est l'homme parfait.

Savoir qu'il ne sera pas éternel me rempli d'horreur, je n'ose pas imaginer un monde où il ne serait pas présent. J'ai l'impression parfois que je ne pourrai survivre intacte à son départ, car il fait partie de ce que je suis, de ce que je veux, et même si je ne le vois et ne lui parle que rarement, il ne quitte jamais ni mon esprit ni mon cœur, comme un lien inaltérable avec ce monde d'avant dont il aime me raconter les histoires et les coutumes. Tous ces principes dépassés et que l'on ne pourra trouver que chez ces personnes d'un certain âge qui ont su malgré les années, garder leur âme d'enfant pour nous raconter tout ça avec ce petit sourire qui les caractérise et sans l'amertume de tous leurs congénères qui fait fuir leurs familles et leurs voisins.

Je ne souhaite qu'une seule chose, je ne veux pas qu'il parte avant que j'ai eu la joie de lui offrir un arrière petit fils ou une arrière petite fille, ni avant qu'il ai dansé avec moi le jour de mon mariage. Alors, s'il existe un Dieu, quel qu'il soit, je sais que Papi a beaucoup donné, et peu reçu. Je sais qu'il est fatigué, et qu'il mérite de prendre enfin du repos. Mais je veux être égoïste et j'ai encore besoin de lui, laissez le nous encore un peu, quelques années encore de bonheur, tous ensemble. Ensuite vous pourrez nous le prendre pour de bon, afin qu'à leur tour, il fasse rire ceux d'en haut.